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Contribution du PASEC au Rapport sur les données de l’ODD 4

Parution : 26/04/2019 Auteur : Admin

La dernière édition du Rapport sur les données de l’ODD 4 illustre l’éventail de partenaires qui collaborent avec l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) pour aider les pays à produire et à utiliser les données d’évaluation en vue de renforcer l’apprentissage tout au long de la vie. Ce blog met en lumière les travaux menés par l’un de ces partenaires indispensables : la Conférence des Ministres de l’Éducation des États et Gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN). La CONFEMEN travaille avec les pays francophones du monde entier pour mettre en œuvre le Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs (PASEC), un programme renommé d’évaluation de l’apprentissage.

 

Par Hilaire Hounkpodoté, Coordonnateur du PASEC 

Développer une culture d’évaluation de l’apprentissage ‒ une culture qui utilise les résultats pour élaborer les politiques et les ressources éducatives ‒ est une condition indispensable à la réalisation de l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) : Assurer l’accès de tous à une éducation inclusive et de qualité pour tous d’ici 2030. Toutefois, elle soulève plusieurs questions brûlantes. Comment les pays créent-ils une telle culture ? Comment peut-elle s’aligner sur les priorités et les réalités nationales, tout en contribuant à fournir des données sur l’apprentissage comparables au plan international ? Plus important, comment mesurons-nous si les enfants apprennent ?

Le dernier Rapport sur les données de l’ODD 4, publié par l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) en décembre, a présenté quelques réponses possibles. Ce fut également l’occasion pour nous, au Programme pour l’Analyse des Systèmes Éducatifs (PASEC), de partager nos idées et notre expérience.

Pour le PASEC, l’appropriation nationale de l’ensemble du processus ‒ de la collecte et l’analyse des données à la diffusion et l’élaboration de la politique d’éducation ‒ est primordiale. Comme le souligne le Rapport sur les données de l’ODD 4, les statistiques sur l’apprentissage sont indispensables mais elles ne constituent qu’une partie de la solution. C’est la manière dont elles sont utilisées qui importe ‒ en particulier dans le temps ‒ pour entrainer des améliorations pour les enfants.

Le PASEC mesure les compétences en lecture et en mathématiques au début et à la fin du cycle primaire (2ème et 6ème) et analyse les facteurs qui contribuent à la réussite scolaire afin d’encourager l’émergence d’idées et d’actions concrètes en vue d’améliorations. Il renforce aussi les capacités des pays en apportant un soutien aux équipes nationales pour qu’elles incorporent les ressources humaines nationales et permanentes et les compétences nécessaires pour un suivi efficace.

Administré par la Conférence des Ministres de l’Éducation des États et Gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN), le PASEC a appuyé depuis 1991, les évaluations nationales dans plus de 20 pays francophones d’Afrique Subsaharienne et en Asie. Une nouvelle vision a été impulsée au PASEC en 2012 avec la mise en place des évaluations internationales afin de mieux répondre aux besoins des pays. En 2014, la première évaluation internationale a été menée dans 10 pays africains (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal, Tchad, Togo).

Les résultats de cette évaluation ont confirmé la triste réalité déjà signalée par l’ISU à savoir qu’environ la moitié des élèves dans le monde n’ont pas acquis les compétences fondamentales en lecture et en mathématiques. En fait, la situation était bien pire : 70 % d’élèves en début de cycle primaire dans les 10 pays n’avaient pas les compétences attendues leur permettant une bonne poursuite de leur scolarité. Pour les mathématiques, le pourcentage s’élevait à 50 %, un résultat inquiétant.

À la fin du cycle primaire (6ème année), près de 60 % des élèves étaient toujours en dessous des seuils attendus de compétences dans les deux matières. Ainsi, les résultats montrent que malgré les progrès impressionnants réalisés dans de nombreux pays africains en matière d’accès à l’éducation, la qualité demeure un problème réel.

Les données ont aussi mis en lumière les facteurs susceptibles d’entraîner la réussite en lecture et en mathématiques en début et en de la scolarité. Il s’agit entre autres du fait de fréquenter une école en zone urbaine, de l’accès aux ressources éducatives et l’alphabétisation des parents.

En ce qui concerne la fréquentation de l’école maternelle qui prépare l’enfant au cycle d’apprentissage, les résultats de l’évaluation PASEC 2014 révèlent qu’entre 10 % et 50 % des élèves inscrits en 2ème année, selon les pays avaient fréquenté l’école maternelle avant de commencer l’école primaire. Cette situation permet de faire le constat suivant : le pourcentage d’élèves qui avaient fréquenté l’école maternelle et atteignant les seuils attendus de compétence en lecture s’élevait à 42 %, contre à peine 24 % pour ceux qui n’avaient jamais fréquenté l’école maternelle. Une analyse plus approfondie a révélé que les élèves qui avaient fréquenté l’école maternelle étaient plus susceptibles de venir de milieux plus aisés et de zones urbaines que ceux qui ne l’avaient pas fréquenté. Les écoles maternelles étant généralement plus présentes en zone urbaine qu’en zone rurale.

Nous préparons actuellement le deuxième cycle d’évaluation internationale appelée « PASEC 2019 » qui concernera 15 pays et introduira une enquête approfondie auprès des enseignants. Comme le montre le Rapport sur les données de l’ODD 4, les données issues de l’évaluation du PASEC mettent en évidence une crise de l’enseignement. L’absence d’éducation préscolaire pour préparer les enfants aux premières années d’enseignement primaire, le redoublement sans accompagnement des enfants, le gaspillage de ressources et le faible niveau des apprentissages contribuent à alimenter la crise de l’apprentissage.

La poursuite des tendances actuelles aurait de graves conséquences pour la réalisation de l’indicateur 4.1.1(a) de l’ODD : Pourcentage d’enfants et des jeunes en deuxième et en troisième année de primaire qui atteignent au moins le seuil minimal de compétence en lecture et en mathématiques. L’élaboration par l’ISU d’une méthodologie pour cet indicateur en réponse aux retours d’information du Groupe inter-agences et d’experts sur les indicateurs de l’ODD (GIAE-ODD) et des États membres, appuyé par des groupes de travail, constitue une bonne nouvelle pour le suivi de cet indicateur au niveau mondial. La CONFEMEN et d’autres partenaires pourraient contribuer à la réflexion sur la comparaison des résultats à l’échelle mondiale.

Le PASEC ainsi que d’autres initiatives régionales et internationales pourront apporter leur appui dans la réflexion sur la dynamique des années préparatoires de l’enseignement. Ces années sont essentielles si nous voulons atteindre non seulement des taux plus élevés d’achèvement du cycle primaire, mais aussi des niveaux plus élevés d’apprentissage.

À propos de l’auteur

Hilaire Hounkpodoté est le coordonnateur du Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs (PASEC) de la Conférence des Ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN). Auparavant, il a travaillé sur l’évaluation de l’apprentissage au Mali et en République démocratique du Congo et a été conseiller technique du PASEC. M. Hounkpodoté est ingénieur, statisticien, économiste, diplômé de l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée (ENSEA) à Abidjan. Courriel : hhilaire@confemen.org Twitter: @HounkpodoteH

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