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Entretien avec M. Jacques Malpel, Coordonnateur du PASEC

Parution : 08/08/2013 Auteur : Pôle communication de la CONFEMEN

Vous êtes nommé Coordonnateur du PASEC au moment où le programme s’est engagé dans une nouvelle vision, pouvez-vous nous parler de vos priorités pour le programme ?

J’ai été retenu, à la suite d’un recrutement international, pour pourvoir au poste de Coordonnateur du PASEC, un programme qui est engagé déjà depuis plus de deux ans dans une réforme en profondeur qui a consisté à revoir les instruments, le mode d’organisation, les pratiques d’évaluation dans les pays, les outils et les productions du PASEC.

Depuis 1991, date de sa création, le Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC) s’est concentré sur la mesure des apprentissages. Il est destiné à informer les ministres de l’état des systèmes éducatifs afin d’adapter les politiques éducatives aux résultats obtenus. Plus de 20 ans après sa création, il est devenu une référence au niveau africain et même au-delà, puisque le programme intervient en Asie (Vietnam, Cambodge, RDP Lao, Liban) et ses productions dépassent le cadre des pays directement concernés par les évaluations pour intéresser l’ensemble des États et gouvernements de la CONFEMEN.

Le PASEC a acquis une réputation et un savoir-faire au niveau international dans le domaine de l’évaluation des apprentissages, qui sont clairement reconnus comme j’ai pu m’en rendre compte lors des rencontres et des ateliers auxquels j’ai participé ces derniers temps.

Les priorités que je vois pour le PASEC sont de quatre ordres. Premièrement, faire de sorte que le PASEC demeure cet outil de référence qui sert les systèmes éducatifs des pays membres de la CONFEMEN en leur offrant des outils de pilotage qui leur permettent de disposer de politiques éducatives nationales de bonne qualité.

La deuxième priorité a trait au renforcement de capacités de l’équipe interne et des collaborateurs externes en matière technique et organisationnelle. Le PASEC est composé de sept conseillers techniques et travaille avec un réseau d’équipes nationales dans les pays où il intervient. Le programme devra s’attacher à conserver la qualité du travail des conseillers techniques, qui restent la pierre angulaire du bon déroulement des relations. De même, le PASEC met actuellement en place un réseau d’experts associés permettant d’appuyer et de démultiplier les actions des conseillers techniques. Au niveau des équipes nationales, un effort particulier sera entrepris avec les autorités des pays concernés afin de leur permettre d’être également des acteurs performants pour conduire les évaluations dans leur pays dans le cadre des dispositifs nationaux d’évaluation. La troisième priorité est peut-être la plus importante et concerne la qualité des productions du PASEC. En effet, même avec un PASEC bien organisé, des outils performants, des évaluations bien menées, si les rapports d’évaluation ne sont pas formulés d’une manière compréhensible et qui puissent être traduits dans les politiques sectorielles, le PASEC n’aura pas réussi une partie de ses objectifs. Le programme doit en effet optimiser ses productions afin de participer à l’amélioration des politiques. À travers une formulation claire des résultats et la production de recommandations pertinentes, le PASEC peut contribuer efficacement au pilotage des systèmes éducatifs. À ce titre, il est prévu, en partenariat avec la Banque mondiale, l’organisation de séminaires avec les décideurs des systèmes éducatifs afin que ceux-ci puissent s’approprier les résultats des évaluations PASEC afin qu’ils puissent être traduits en politiques nationales.

La dernière priorité, qui contribue à la réalisation de toutes les autres, est de mener la réforme du PASEC qui est à la fois institutionnelle, avec l’autonomie de gestion accordée au programme ; organisationnelle avec une équipe structurée en deux divisions : une division spécialisée dans les instruments d’évaluation et une autre spécialisée dans l’analyse de la mesure de l’éducation ; et opérationnelle en ce qui concerne le pilotage du programme, l’accompagnement des conseillers techniques dans la conduite des opérations et le renforcement des capacités à travers des formations et des réunions périodiques. La réforme demande également la mise en place de nouveaux outils de communication adaptés. Cette réforme qui a été actée lors de la 55e session ministérielle (Ndjamena 2012)est en cours de mise en œuvre.

Quel rôle doit jouer le partenariat dans la nouvelle vision du PASEC ?

Je me réjouis tout d’abord du partenariat que nous avons avec l’AFD et la Banque mondiale, qui nous appuient dans le financement du plan d’action du PASEC, en complément de la contrepartie financière de la CONFEMEN et des pays participants aux évaluations.

Les premiers partenaires du PASEC sont les états membres de la CONFEMEN avec qui nous devons travailler en bonne collaboration. Au-delà de ces partenaires naturels, le PASEC doit nouer des relations étroites avec les organismes spécialisés dans le domaine de l’évaluation, notamment l’UNESCO, l’OCDE, la Banque mondiale, l’IEA, ainsi que tous les acteurs qui concourent à la qualité de l’éducation (OIF, UNICEF, etc.) qui ont le souci de mesurer la qualité des apprentissages et qui peuvent faire appel au savoir-faire du PASEC.

Forte de cette vision, la communauté scientifique internationale doit nous permettre de confirmer ou d’infirmer les hypothèses émises dans le cadre du développement de la Recherche en sciences sociales ou dans le domaine de suivi des activités et des acquis scolaires pour s’assurer que les politiques nationales produisent bien les résultats escomptés. L’éducation n’est donc pas que l’affaire de l’État, c’est aussi l’affaire de la société civile, du secteur privé, de la communauté locale, etc., qui doivent tous jouer leur partition. Dans cette vision large du partenariat, le PASEC va davantage être à l’écoute de ce que font les autres et continuer à développer sa collaboration avec d’autres programmes régionaux et internationaux intervenant dans le domaine de l’évaluation des apprentissages.

Il est donc important que le PASEC puisse nouer des partenariats qui permettent aux différents programmes de se renforcer mutuellement. Avec le SACMEQ, notre partenariat doit permettre de disposer d’un outil africain de mesure des apprentissages qui n’existe pas pour le moment. Sur le plan international, l’UNESCO, via son Institut de statistique (ISU) et le Centre pour une éducation universelle (CEU) de l’Institution Brookings se sont accordés pour mettre en place un comité de réflexion sur la métrique des apprentissages (LMTF en anglais). Nous sommes en contact également avec l’OCDE qui, dans le cadre de son programme PISA pour le Développement, souhaite développer un programme de mesure des acquis scolaires pour les jeunes dans les pays en développement. Nous avons le devoir et l’intérêt de travailler avec ce type d’initiatives afin que le PASEC soit reconnu dans le concert international et que nous puissions apprendre des autres.

Quel appel avez-vous à lancer aux pays participants aux évaluations internationales groupées relativement à l’atteinte des objectifs du plan d’action stratégique du PASEC ?

Je voudrais rappeler que si les pays ont accepté de s’engager dans les évaluations internationales du PASEC, c’est qu’ils ont pu en mesurer les enjeux et les implications en termes de ressources humaines et de financement et je mesure la nature et l’ampleur de cet effort. Il est important que les pays tiennent leur engagement jusqu’à la production du rapport international. Pour la première fois, le PASEC permettra à 10 pays (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal, Tchad et Togo) de disposer d’une base de comparaison entre eux et grâce au partenariat noué avec le SACMEQ, ces pays pourront également se comparer avec 15 pays anglophones d’Afrique du Sud et de l’Est ; cette comparaison entre systèmes éducatifs francophones et anglophones se fait pour la première fois sur des bases scientifiques. C’est aussi un grand progrès dans le sens de la constitution d’une plateforme africaine dans le domaine de la mesure des acquis scolaires.

Le PASEC est au service des pays membres et nous avons besoin de leur contribution politique, humaine, technique et financière afin de mener à bien les opérations.

Quels sont les défis importants qui se posent aux systèmes éducatifs, en particulier ceux des pays du sud, et comment le PASEC compte-t-il contribuer à relever ces défis dans le contexte de réflexion sur les objectifs de l’éducation pour l’après 2015 ?

En faisant un petit rappel historique, on voit que l’éducation est affichée comme une priorité au niveau international depuis le début des années 1960. Malheureusement, elle a connu des hauts et des bas. Il y a eu une période extrêmement difficile qui a coïncidé avec les ajustements structurels dans les années 1980. La deuxième partie des années 1990 s’est traduite par une baisse relative de la qualité et une stagnation de l’accès à l’école dans plusieurs pays. C’est dans ce contexte qu’est intervenu en 2000 le Sommet de Dakar sur l’Éducation Pour Tous et la déclaration des Objectifs du Millénaire pour le Développement 2 et 3 réaffirmant les engagements sur l’EPT déjà pris à Jomtien en 1990 et qui n’avaient pas atteint les résultats escomptés. Les six objectifs de Dakar ont fait de l’éducation un pilier pour le développement humain et la lutte contre la pauvreté. En tirant le bilan de l’EPT, treize ans plus tard on constate que même si les objectifs ne sont pas entièrement atteints, il y a eu des avancées appréciables partout dans le monde. Des réformes politiques profondes ont été engagées et l’éducation est considérée comme un des objectifs du millénaire qui probablement aura connu le plus de succès dans son achèvement dans de nombreux pays ne serait-ce que par la dynamique qui a été enclenchée. Toutefois, même si le nombre d’enfants scolarisés a augmenté de façon considérable, il reste encore à scolariser beaucoup d’enfants qui sont généralement les enfants des plus pauvres, issus des zones rurales ou reculées, ou qui ont des difficultés pour accéder à l’école du fait d’un handicap, de difficultés familiales et financières. De plus, qualité de l’éducation n’a pas suivi les progrès notés au niveau de l’accès et il reste encore beaucoup de progrès à faire. Enfin, la transformation des acquis scolaires en compétences économiques et sociales ne s’est pas suffisamment réalisée dans les faits et n’a pas permis une intégration des sortants de l’école. Les systèmes économiques n’ont donc pas pu bénéficier pleinement de la valeur ajoutée qu’aurait dû leur procurer l’amélioration des systèmes éducatifs.

Un élément mérite également une attention particulière : l’éducation de base toute seule est indispensable mais ne suffit pas. Il est nécessaire de transformer les apprentissages dans des capacités et compétences techniques et professionnelles mais aussi dans des bases sociales et comportementales afin que les sociétés (l’État et les familles) qui financent cet investissement pour l’avenir aient le sentiment que la jeunesse de leur pays sera en mesure de porter le développement pour le futur selon les valeurs auxquelles elle sont attachées.

L’éducation se présente pour l’après 2015 comme l’élément structurant qui permettra de développer d’autres objectifs, notamment de nutrition, d’accès aux services de base (santé, eau, électricité…), d’intégration sociale et économique favorisant le développement des pays. Pour les années à venir, l’acquisition d’un socle minimum d’éducation apparait donc comme un objectif sans lequel les autres ne pourront pas être atteints.

Parler de l’amélioration de la qualité, c’est également faire référence à la mesure des apprentissages. Dans ce domaine le PASEC a un rôle à jouer dans les années à venir pour servir au pilotage des systèmes éducatifs. Pour cette raison, il est permis d’être optimiste sur les perspectives du PASEC pour autant que ce programme se montre à la hauteur des défis auxquels il est confronté et à la mesure de ses ambitions.