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Interview de Monsieur François Ndebani, président du comité scientifique du PASEC

Parution : 18/03/2015 Auteur : Pôle communication de la CONFEMEN

« Les pays doivent intégrer, dans leurs stratégies sectorielles, la dimension évaluation ».

Quels sont les principales conclusions de la dernière réunion du comité scientifique tenue à Paris en décembre dernier ?

François NDEBANI (FN) : Le comité scientifique s’est effectivement réuni les 15 et 16 décembre dernier à Paris autour de plusieurs points de discussion. Nous avons d’abord discuté des activités menées par le PASEC en 2014, de la constitution du rapport international que nous voulons faire en deux ou trois volumes et de la dimension que doivent avoir les rapports nationaux.

Nous avons ensuite examiné la vision du PASEC pour l’année 2015. Il y a eu aussi des éléments de discussions autour des tests destinés aux enseignants afin d’évaluer leurs capacités et leurs compétences. Nous avons enfin posé un regard sur la faisabilité d’une évaluation au collège tout en analysant la stratégie du PASEC.

L’année 2014 a été pour le PASEC une année de pleine évolution et d’intenses activités qui ont concerné aussi bien l’évaluation internationale que l’ancienne formule des évaluations à savoir les évaluations nationales. C’est ainsi que le PASEC a pu mener à bien les évaluations nationales au Laos, au Cambodge, au Viêt-Nam et au Mali. Le Comité scientifique a pu apprécier ces activités. Nous avons eu une  appréciation très positive de la manière dont ces évaluations ont été conclues notamment à travers les différentes restitutions. Ce sont des restitutions très poussées qui ont été faites à trois niveaux : ministères, circonscriptions et partenaires techniques et financiers. Ces trois niveaux de restitutions permettent effectivement de mieux tisser les résultats et aussi d’avoir des retours plus ciblés.

S’agissant du rapport international de l’évaluation groupée, nous reconnaissons tous que c’est une première expérience pour le PASEC. L’orientation donnée par le comité scientifique tend vers la production d’un rapport international en deux volumes au lieu de trois comme précédemment envisagé. Ainsi, nous aurons un rapport qui se basera sur la deuxième année et un autre sur la sixième année. À l’intérieur de ces deux volumes, figureront des dimensions d’analyse sur l’équité et des analyses sur les problèmes mondiaux qui se posent afin d’aider les pays à améliorer leur système éducatif.

Au niveau des rapports nationaux, nous avons recommandé que les équipes nationales s’appuient sur le rapport international, mais que ces rapports nationaux soient aussi spécifiques dans la mesure où le rapport international a sa spécificité.

C’est tenant compte de cela que nous avions demandé que le 3e regroupement des équipes nationales mette l’accent sur les modalités et les principes d’élaboration du rapport national. Nous avons également confirmé que l’appui pays reste une dimension traditionnelle du PASEC. Le PASEC devrait effectivement appuyer les pays dans l’élaboration du rapport national, mais aussi les appuyer dans des formations à la carte qui permettent au PASEC de répondre présent lorsqu’un besoin ou quelques difficultés spécifiques se présentent. Nous avons toutefois invité le PASEC à éviter un grand éparpillement. C’est pourquoi nous avons tenu à insister sur le fait que le PASEC doit se consacrer entièrement et particulièrement à l’élaboration du rapport international qui est un axe sur lequel nous serons évalués et sur lequel porteront d’autres projections pour l’avenir. Il nous faut donc attacher un grand intérêt à la qualité de ce rapport international.

Le rapport international doit être publié en décembre 2015 et déjà nous pensons à la deuxième phase de l’évaluation groupée. Cela à partir de l’intérêt qui a été ressenti au niveau des pays qui participent à la présente évaluation et aux réactions positives enregistrées lors de la 56e session ministérielle d’Abidjan où nous avons vu de nombreux ministres et chefs de délégation exprimer leur intérêt pour la participation de leurs pays au prochain cycle d’évaluations groupées. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce grand intérêt. Nous avons noté la nécessité de commencer à sensibiliser les pays afin de faciliter le processus de sélection des pays et du lancement des dites évaluations groupées. Au niveau du comité scientifique nous souhaitons une adhésion massive tout en demandant que  les pays soient conséquents par rapport à leur engagement à participer à des évaluations groupées et à apporter leur contribution. La réussite des évaluations, qui ont un coût, dépend de l’engagement formel mais aussi de la contribution financière.

Pour le test des enseignants qui est aussi une dimension nouvelle dans la mesure où le PASEC s’est toujours concentré sur l’évaluation des élèves, nous avons tous noté la pertinence du projet qui permet effectivement d’apprécier les compétences des enseignants. Nous avons inscrit cette question comme une perspective intéressante. Nous avons retenu qu’il y aura des études préliminaires pour arriver à cerner le niveau et la forme de l’évaluation des enseignants. La question que l’on se pose déjà est de savoir s’il faut évaluer tous les enseignants qui participent à l’évaluation groupée ou s’il faut tout simplement avoir un échantillon d’enseignants afin d’avoir une photocopie de capacités pratiques et de compétences de ces enseignants ? Les prochains échanges et discussions permettront de choisir le meilleur scénario.

Quant à l’évaluation collège, compte tenu de la charge actuelle et de l’effectif réduit des conseillers techniques du PASEC, nous avons rappelé l’importance de finaliser d’abord, le rapport international et  les rapports nationaux et exploiter les conclusions. Nous avons pensé que nous  pouvons à la limite commencer à mener des investigations de base, des études préliminaires pour l’évaluation collège tout en envisageant l’activité proprement dite vers 2018.

Le comité scientifique a également encouragé la réflexion menée par le PASEC sur sa stratégie. Pour avoir une bonne soutenabilité et pour que l’on puisse être mieux apprécié aussi bien par les pays que par les partenaires techniques et financiers, il est important de retenir une bonne stratégie qui développe et planifie à cours et à long terme les différentes opérations à réaliser.

Le PASEC a connu une certaine réorganisation au niveau de sa gouvernance et au niveau de son orientation scientifique, quelle est la plus-value que cela apporte aux actions du comité scientifique ?

FN : C’est avec une grande attention que nous avons reçu cette implication du Bureau, mais aussi du comité de pilotage comme étant une interface qui organise tout le travail du PASEC. Pour la réorganisation qui a été demandée au comité scientifique, nous avons élaboré un projet de règlement intérieur qui codifie le mode de fonctionnement du comité. Le projet de règlement intérieur a déjà suscité beaucoup d’intérêts et de réflexions au sein du comité de pilotage. Une fois adopté, ce règlement intérieur nous permettra d’être plus efficace dans le travail et dans nos relations de travail avec non seulement l’équipe du PASEC, mais aussi avec toutes les instances de la CONFEMEN.

Avec la mise en place du comité de pilotage, nous ne sommes plus les seuls à orienter les actions du PASEC. C’est un apport salutaire qui renforce le travail de l’équipe technique et lui donne une dimension qui répond aux standards internationaux et qui fait gagner en qualité et en efficacité les rapports d’évaluation.

Quelle appréciation faites-vous de l’état de mise en œuvre des évaluations groupée ?

FN : Les étapes de l’instrumentation avec le choix des items, l’étape de l’administration et de la collecte des données y compris les mises à l’essai ont été des étapes très riches en enseignement. Ces étapes ont été franchies sans difficultés. Nous pensons aussi qu’il sera de même pour les analyses. Nous sommes très rigoureux dans le respect de l’approfondissement des analyses parce que nous voulons que le PASEC gagne plus en termes d’ancrage scientifique et de visibilité. Il faudrait donc éviter d’aller vers des analyses légères et s’appuyer sur des dimensions objectives en priorisant les variables marquantes pour construire les analyses. Il serait inutile de publier une quantité énorme de variables qui seront mal appréciées ou qui seront analysées de manière superficielle. Il faut aujourd’hui s’appuyer sur les grands thèmes retenus à l’échelle internationale en pensant entre autres à l’équité, à la réduction des redoublements, à une meilleure appréciation de la culture d’évaluation. Nous pensons que tous les pays doivent intégrer dans leurs plans respectifs de stratégie sectorielle  une dimension de l’évaluation avec la mise en œuvre des dispositifs nationaux d’évaluation afin qu’ils puissent élaborer des bases de pilotage de leur système éducatif. Pour nous, il y a un lien réel entre les résultats de l’évaluation et les décisions à prendre pour le pilotage du système éducatif.

Quel appel avez-vous à lancer aux pays participants aux évaluations groupées ?

FN : Nous avons noté un intérêt réel des pays pour les évaluations groupées. Cette adhésion doit se confronter à certaines exigences au niveau des ressources humaines et financières. Il va falloir que les pays donnent une certaine stabilité aux équipes nationales PASEC. On a remarqué de par le passé qu’il était difficile de capitaliser les formations dispensées parce qu’il y avait une mobilité extrême des personnes qui travaillent au PASEC dans les équipes nationales pays. Certainement, avec la participation aux évaluations groupées et aussi dans l’ambition d’avoir des équipes qui puissent capitaliser les savoirs et les compétences acquis au cours des formations et des ateliers, les pays arriveront à avoir des équipes plus stables. Il serait nécessaire que l’équipe PASEC ait un ancrage institutionnel dans les ministères de l’éducation, tout en lui accordant une certaine stabilité et  pérennité en termes de ressources humaines afin que l’évaluation s’institutionnalise et prenne corps. À côté de cette stabilité figure, en bonne place et avec la même importance, l’engagement des pays dans les contributions statutaires et celles liées aux évaluations. En effet, les pays doivent pouvoir s’acquitter assez rapidement de leur contribution pour qu’il n’y ait pas de frein au processus de développement de la mise en œuvre de ces évaluations. L’adhésion aux activités menées au sein de la CONFEMEN et du PASEC, doit en toute responsabilité se traduire en actes concrets à travers les contributions statutaires, les frais de participations aux évaluations et les contributions volontaires.

Les pays ont également intérêt à participer aux évaluations groupées parce qu’elles leur permettront de bénéficier non seulement d’une comparaison internationale mais aussi, grâce au rapport  national, d’avoir des visions plus spécifiques pour le pilotage du système éducatif national.

Pour les partenaires techniques et financiers, c’est vrai que nous vivons dans une conjoncture avec une précarité financière, mais en réponse aux engagements des partenaires vis-à-vis de la solidarité internationale, il ne faudrait pas abandonner les pays qui présentent des difficultés. Nous invitons avec force les PTFs à épauler et à accompagner ces pays pour l’atteinte des objectifs d’une éducation de qualité et durable pour tous.

Le PASEC pour sa part devrait respecter les trois principaux axes de sa mission qui sont l’élaboration et l’organisation des évaluations, l’appui aux équipes nationales et le développement des analyses profondes pour une meilleure prise en compte des résultats dans les politiques éducatives.

Donnez-nous trois mots qui résument le rôle du comité scientifique du PASEC ?

FN : Si je dois donner trois mots qui résument l’apport du comité scientifique, je dirai d’abord appui à la clarification du processus d’évaluation ; ensuite validation du travail organisé par les conseillers techniques et enfin scientificité, c’est-à-dire amener le travail d’évaluation  dans un cadre scientifique afin de promouvoir une meilleure visibilité du PASEC et de la CONFEMEN.